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Putsch : la Constitution Islandaise rédigée par le peuple a été assassinée par le Parlement

16 Apr

L’Islande a attiré l’attention lorsque, après sa spectaculaire dégringolade en 2008 quand son système bancaire s’est écroulé – causant d’énormes dégâts sur les créanciers étrangers ainsi que sur les habitants de l’île –, elle a tenté de faire face au problème en assignant en justice les banquiers et autres personnes responsables de la faillite du pays. Mais l’île a aussi fait parler d’elle lorsqu’elle a convié le peuple islandais et ses représentants directement élus à rédiger une nouvelle Constitution post-krash qui visait notamment à réduire la probabilité qu’un tel événement se reproduise.

L’auteur de cette initiative – ce qui est tout à son honneur –, c’est le gouvernement post-krash formé en 2009 qui a été mis au pied du mur face à une foule de manifestants venus faire bruyamment résonner leurs poêles et casseroles sur la place du Parlement à Reykjavík. Une Assemblée nationale composée de 950 personnes choisies au hasard dans le registre national a été convoquée. Chaque Islandais âgé de 18 ans ou plus avait la même chance d’être sélectionné et d’obtenir un siège à l’Assemblée. Ensuite, à partir d’une liste de 522 candidats issus de tous les horizons, 25 représentants ont été élus par le peuple pour former une Assemblée constituante dont la mission était de rédiger une nouvelle Constitution rendant compte de la volonté populaire, telle qu’exprimée par l’Assemblée nationale. Croyez-le ou non, la Cour suprême, dont huit des neuf juges de l’époque avaient été nommés par le Parti de l’indépendance qui est à présent considéré comme le principal coupable de la faillite du pays et qui siège dans l’opposition, a annulé l’élection de l’Assemblée constituante pour des motifs peu convaincants, voire illégaux. Du jamais vu ! Le Parlement a alors décide de nommer les 25 candidats qui avaient obtenu le plus de votes pour former un Conseil constitutionnel. Ce Conseil a, pendant quatre mois en 2011 – à l’instar des rédacteurs de la Constitution américaine à Philadelphie en 1787 –, planché sur la rédaction d’un projet de nouvelle Constitution et l’a adopté à l’unanimité. Le projet de loi constitutionnelle stipule, entre autres : (a) la réforme électorale garantissant le « une personne, une voix »; (b) l’appropriation nationale des ressources naturelles; (c) la démocratie directe par le biais de référendums nationaux; (d) la liberté d’information, et (e) la protection de l’environnement, ainsi qu’un nombre de nouvelles dispositions visant à ajouter une couche de freins et contrepoids au système actuel de forme de gouvernement parlementaire semi-présidentiel. Le préambule donne le ton : «Nous, peuple d’Islande, souhaitons créer une société juste offrant les mêmes opportunités à tous.» Le peuple a été invité à contribuer à la rédaction de la Constitution via le site internet du Conseil constitutionnel. Des experts étrangers en constitution, tels le Professeur Jon Elster de l’Université de Columbia et le Professeur Tom Ginsburg de l’Université de Chicago, ont publiquement fait l’éloge du projet de loi et de la façon démocratique dans laquelle il a été rédigé.

Cela dit, il était clair dès le départ que de puissantes forces politiques chercheraient à saper le projet de loi. Tout d’abord, pour de nombreux politiciens, c’est leur prérogative et seulement la leur de réviser la Constitution. Ils voient donc l’Assemblée nationale et le Conseil constitutionnel élus par le peuple et nommés par le Parlement comme des intrus venant piétiner leur territoire. Ensuite, de nombreux responsables politiques s’inquiètent à juste titre de leurs chances de réélection avec la mise en place du système « une personne, une voix ». Aussi, de nombreux politiciens craignent de perdre leur influence à cause du recours plus fréquent aux référendums nationaux, et craignent aussi certaines divulgations avec l’entrée en vigueur d’une nouvelle loi de liberté d’information. À titre d’exemple, une conversation téléphonique déterminante qui a eu lieu entre le Premier ministre et le gouverneur de la Banque centrale dans les jours précédant le krash de 2008 est encore tenue secrète, même si un comité parlementaire a demandé à entendre son enregistrement. Enfin, dernier point mais non des moindres, de nombreux armateurs n’aiment pas l’idée d’être privés de leur accès privilégié et extrêmement rentable aux zones de pêche de propriété commune. Il existe des documents publics enregistrés après le krash qui attestent que les politiciens et les partis politiques ont été généreusement récompensés par les banques avant le krash. Il ne faut pas être un génie pour comprendre que les armateurs doivent avoir traité de la même manière généreuse les politiciens et partis politiques par le passé, une relation que de nombreux politiciens tiennent clairement à préserver.

En bref, il était clair que dans le cas d’un scrutin secret, le projet de loi constitutionnelle n’aurait jamais eu la chance d’être adopté par le Parlement, même pas après le référendum national sur le projet de loi du 20 Octobre 2012 où 67% des électeurs ont exprimé leur soutien au projet de loi ainsi qu’à ses principales dispositions individuelles, parmi lesquelles l’appropriation nationale des ressources naturelles (83% ont voté Oui), la démocratie directe (73% ont voté Oui), et le « une personne, une voix » (67% ont voté Oui). Mais le Parlement ne procède pas au scrutin secret. En fait, 32 des 63 membres du Parlement ont été entraînés par une campagne de courriels organisée par des citoyens ordinaires pour déclarer qu’ils soutenaient ce projet de loi et qu’ils voulaient l’adopter immédiatement. Cependant, malgré ces déclarations publiques, le projet de loi n’a pas été soumis à un vote au Parlement. Odieuse trahison, et probablement aussi acte illégal commis en toute impunité par le président du Parlement. Au contraire, le Parlement a décidé de ne pas respecter sa propre volonté déclarée publiquement ainsi que la volonté du peuple telle qu’exprimée dans le référendum national : il a mis le projet de loi au frigo, et pour couronner le tout, il a demandé à la hâte les 2/3 du Parlement ainsi que 40% du vote populaire pour adopter toute modification de la Constitution dans le prochain Parlement. Cela veut dire qu’au moins 80% de participation aux urnes serait nécessaire pour qu’une réforme constitutionnelle soit acceptée lors de la prochaine session du Parlement. Les hommes politiques n’ont apparemment pas prêté attention au fait qu’avec de telles règles, la séparation de l’Islande du Danemark n’aurait pas été acceptée lors du référendum de 1918. Dans la pratique, cela signifie que nous sommes de retour à la case départ comme cela était voulu par les ennemis de la nouvelle Constitution. Il y a peu d’espoir que le nouveau Parlement respectera la volonté du peuple si le Parlement sortant a échoué à le faire en dépit de ses promesses. Dans son discours d’adieu, le Premier ministre sortant, Jóhanna Sigurðardóttir, a déclaré que c’était le jour le plus triste de ses 35 années au Parlement.

Cette dernière a été gracieusement traduite de l’anglais vers le français par Jessica Devergnies-Wastraete (jessica.devergnies@gmail.com). Thorvaldur Gylfason a été membre élu (puis désigné par le Parlement) de l’Assemblée Constituante chargée de rédiger une nouvelle Constitution pour le pays. Il est Professeur d’Economie de l’Université d’Islande.

via Vivre en Islande.

Mali : Exécutions des militaires maliens : l’urgence d’une commission d’enquête indépendante

24 Jan

La FIDH est fortement préoccupée par la multiplication des exécutions sommaires et autres violations des droits humains commises par des soldats maliens, dans le contexte de la contre-offensive menée par les armées française et malienne contre les djihadistes, et appelle à la mise en place immédiate d’une commission d’enquête indépendante afin d’établir l’ampleur des faits et sanctionner les auteurs.

La FIDH a pu établir qu’une série d’exécutions sommaires a été perpétrée par des éléments des forces armées maliennes, à partir du jeudi 10 janvier 2013, particulièrement à Sévaré, Mopti, Niono et d’autres localités situées dans les zones d’affrontements. A Sévaré, au moins 11 personnes ont été exécutées dans le camp militaire, à proximité de la gare routière, et près de l’hôpital. Des informations crédibles font état d’une vingtaine d’autres cas d’exécutions dans la même localité où les corps auraient été enterrés en toute hâte notamment dans des puits. Dans la région de Niono, deux maliens d’origine touareg ont été exécutés par des soldats maliens. D’autres allégations d’exécutions sommaires continuent de nous parvenir du centre du pays.

Par ailleurs, la FIDH fait état de l’enlèvement de l’imam Cheik Hama Alourou par des militaires maliens le 21 janvier au soir, à Gnimi Gnama, un village entre Bore et Douentza. A Bamako, une dizaine d’habitations de touaregs ont fait l’objet de perquisitions par l’armée malienne dans la semaine du 14 janvier, émaillées d’actes de pillages et d’intimidations.

Les victimes de l’ensemble de ces exactions sont des personnes accusées d’être complices des djihadistes ou des infiltrés, des personnes en possession d’armes, des individus ne pouvant justifier de leur identité lors de contrôles de l’armée, ou ciblés simplement en raison de leur appartenance ethnique et communément appelés les « peaux claires ».

« Cette série de graves exactions confirme nos craintes exprimées depuis plusieurs semaines. Ces actes de représailles alliés à la tension extrême entre les communautés constituent un cocktail explosif qui fait craindre le pire, notamment dans la perspective de la reconquête du Nord », a déclaré Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH.

Si les autorités politiques et militaires maliennes et françaises ont appelé de façon répétée au respect du droit international humanitaire et des droits de l’Homme dans le cadre de la contre-offensive, notre organisation est préoccupée par l’absence d’enquêtes et d’informations publiques concernant ces violations, les difficultés d’accès aux zones dans lesquelles les exactions se sont déroulées et l’absence de sanctions contre leurs auteurs.

« Ces exactions entachent la légitimité de l’opération de restauration de l’intégrité du territoire et doivent faire l’objet de poursuites par la justice nationale et, le cas échéant, par la Cour pénale internationale qui a ouvert une enquête le 16 janvier sur la situation au Mali », a déclaré Sidiki Kaba, président d’honneur de la FIDH.

La FIDH appelle les autorités maliennes, françaises et la communauté internationale à immédiatement mettre en place une commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur les graves violations du droit international humanitaire et des droits de l’Homme commises par l’ensemble des belligérants dans le cadre du conflit au Mali, y compris les exactions des groupes armées au Nord du pays sur lesquelles notre organisation publiera des informations prochainement.

La FIDH appelle à la mise en œuvre urgente du volet de formation aux droits de l’Homme des forces armées et des mécanismes spécifiques de documentation et de protection en matière de droits de l’Homme prévus par la Résolution 2085 du Conseil de sécurité des Nations unies.

FIDH.

Iran : Les Dossiers Perdus du Soulèvement de 2009

16 Jun

A la veille du troisième anniversaire des élections de 2009, les familles des victimes des manifestations post-électorales qui ont porté plainte contre les autorités demandant à ce que les responsabilités soient établies ; elles sont déçues de la futilité de leur combat et nous parlent de leur calvaire. Pendant les émeutes qui ont éclaté après les élections présidentielles de juin 2009, beaucoup de manifestants ont perdu la vie, abattus à bout portant ou sévèrement battus, ayant respiré des gaz lacrymogènes, poussés du haut de ponts ou de bâtiments ou écrasés par les camions des forces de sécurité. Les rapports du juge d’instruction remis aux familles ont confirmé la mort des victimes par armes à feu. A ce jour, 55 familles ont fait part de la mort d’un proche durant les évènements post-électoraux lors de divers interviews avec les médias.


Dossiers clos


Massoumeh Tcheguini, épouse de Mahram Tcheguini, l’un des manifestants abattu lors des manifestations de 2009, a déclaré lors d’une interview exclusive qu’en dépit des rapports du juge d’instruction qui confirme le coup de feu fatal et le déclare même martyr, les autorités n’ont jamais identifié le meurtrier de son époux. « Nous n’avons aucun espoir que le dossier de mon mari ne progresse plus avant ; on nous a ordonné d’accepter le ‘dieh’, la compensation en argent pour le sang versé, ce qui sous*entend la fermeture du dossier. On veut juste effacer le souvenir amer de la mort de mon maris car les officiels n’accordent aucune valeur à la vie de nos êtres chers ; ils pensent donc qu’en payant, on clôt le chapitre. En fait pour nous, le dossier ne sera fermé que lorsque nous aurons découvert quels individus pouvaient librement traîner dans les rues et abattre au hasard les enfants de ce pays et, par extension, détruire nos vies, et l’endroit où ils se cachent actuellement. »


On ne compte plus le nombre de vidéos que les manifestants ont posté sur you-tube en juin 2009, par exemple la mort de Neda Agha-Soltan abattue qui s’est rapidement propagée sur Internet et a fait de Neda un nom bien connu des médias internationaux. A cette époque, il y avait des vidéos similaires qui circulaient et qui montraient des membres de la milice bassidj tirant sur la foule du haut de leurs postes.


Ladan Mostafaï, épouse d’Ali Hassanpour, l’une des victimes de ces tirs le 15 juin, a dit lors d’une interview qu’elle avait porté plainte contre les membres d’un des postes de la bassidj ce qui a fait que son dossier ait été transféré à la cour martiale : « Huit membres de la bassidj de service ce jour-là à ce poste ont été cités à comparaître et on a recueilli leur témoignage, mais aucun d’eux n’a jusqu’à ce jour été reconnu comme ‘meurtrier’. Ces trois dernières années, je me suis rendue à la cour martiale plus de 200 fois et cinq juges qui ont révisé le dossier ont unanimement innocenté mon mari. » Ali Hassanpour était père de deux jeunes enfants. Il a reçu une balle dans la tête pendant les manifestations du 15 juin 2009 ; sa dépouille n’a été remise à sa famille que 105 jours plus tard.


Les Victimes de Juin


Meysam Ebadi a été, d’après sa famille, le premier civil iranien tué durant les manifestations du 13 juin, le lendemain des élections. La télévision d’état a attendu l’après-midi du 15 juin pour annoncer qu’il y avait eu sept morts et 29 blessés parmi les manifestants. Ce fut le premier rapport officiel de morts pendant les manifestations post-électorales.


D’après les critiques, le nombre de morts a été beaucoup plus élevé et plusieurs des 29 blessés sont morts ultérieurement dans des hôpitaux, ce qui n’a été annoncé que beaucoup plus tard, quand les familles ont décidé de briser le silence. Parmi eux, Kianoush Assa; Ramin Ramezani; Mostafa Ghanian; Mahram Tcheguini; Ahmad NaÏm-Abadi; Davoud Sadri; Ali Hassanpour; Alireza Eftekhari; Hossein Akhtar-Zand; Hessam Hanifeh et Sohrab Arabi, sont quelques-uns de ceux qui ont trouvé la mort durant les manifestations du 15 juin.


Cependant, la tuerie ne s’est pas arrêtée le 15 juin. Et comme les manifestations ont continué, le meurtre des protestants en a fait de même. Durant la prière du vendredi du 19 juin, le guide suprême a averti les politiciens réformistes que, s’ils choisissaient d’enfreindre la loi, ils seraient tenus pour responsables du bain de sang, de la violence et du chaos ; les manifestants qui sont sortis le lendemain ont été accueilli par la violence, certains ont été abattus ou battus à mort. Parmi les martyrs du 20 juin 2009, Massoud Khosravi; Ali Fathalian; Hamid Hossein Beik-Araghi; Neda Agha-Soltan; Fatemeh Semsarpour; Ashkan Sohrabi; Behzad Mohadjer; Kaveh Sabzalipour; Abbas Disnad; Massoud Hashemzadeh et Saïd Abbassifar Goltchini dont les familles ont confirmé la mort durant les manifestants de la journée.


Beaucoup de manifestations remarquables et remarquées ont suivi celles de juin 2009 lors des derniers jours de cette année ou plus tard comme la journée de Ghods, l’Ashoura, le 18 tir (5 juillet), le 25 bahman (14 février) et le Chaharshanbeh Souri (fête du feu) de 2010. Beaucoup de manifestants de ces journées ont été arrêtés et tués dans l’infâme prison de Kahrizak.


Puis sont venus les procès


Plusieurs familles des victimes ont commencé à écrire à différentes agences officielles, y compris au cabinet du guide suprême, au cabinet du président et à celui du chef de la justice. Plus tard, elles ont commencé à porter plaintes auprès de différents tribunaux pour demander l’identification et la mise en examen des meurtriers. Certaines plaintes ont été suivies d’enquête, le dossier des prisonniers du centre de détention de Kahrizak. Les dossiers comme ceux d’Amir Djavadifar, Mohammad Kamrani et Mohsen Rouholamini, prisonniers tués sous la torture à Kahrizak ont été examinés officieusement par plusieurs tribunaux. La quatrième victime de Kahrizak était Ramine Aghazadeh Ghahremani, décédé peu après sa libération à cause des nombreuses blessures reçues lors des tortures subies en détention. Et là encore, personne n’a été tenu pour responsable de sa mort. Le tribunal a fini par accuser deux fonctionnaires de la prison de Kahrizak d’activités criminelles et les a condamnés au « ghessas » (talion). Mais les familles de leurs victimes ont décidé de passer outre le verdict et de demander les poursuites judiciaires des « vrais » coupables du meurtre de leurs enfants, un vœu qui n’a jamais été comblé. Saïd Mortazavi (ancien procureur) était le principal des nombreux accusés dans cette plainte collective. Bien qu’accusé de complicité d’homicide à Kahrizak et démis de ses fonctions de procureur, il a, depuis, occupé deux postes clés dans le cabinet Ahmadinejad.


Un autre dossier a été examiné, celui de Ghlamhossein Kabiri, abattu durant les manifestations du 20 juin et traité par les officiels du régime de « membre de la bassidj ». On avait trouvé un coupable et il avait été condamné à mort mais, en 2011, le condamné avait été acquitté par la 71ème chambre de la cour criminelle et libéré.


Certaines familles de victimes, déçues par de processus interne de la justice, se sont tournées vers les organisations internationales pour demander de l’aide. Ayant été nommé Rapporteur Spécial sur les Droits Humains en Iran par le comité aux droits humains de l’Onu, le Docteur Ahmed Shahid a reçu des demandes de plusieurs familles de victimes de les aider à identifier les meurtriers de leurs enfants.


Dans son premier rapport sur la situation des droits humains en Iran publié en mars 2011, Ahmed Shahid a cité cinq des victimes post-électorales : Sohrab Arabi, Neda Agha-Soltan, Ali Hassanpour, Mostafa Karim-Beigi et Massoud Hashemzadeh et il a demandé aux autorités de la république islamique de mener une enquête sur leurs décès.


Des familles réduites au silence


Les familles des victimes ont subi beaucoup de pression de l’appareil sécuritaire suite à leur suivi du dossier de la mort de leurs proches. Certains, à cause de leur persistance, ont fini par être arrêtés et emprisonnés. Beaucoup d’autres ont été convoqués par les organisations de sécurité et mis en garde contre toute forme de funérailles publique ou d’hommage aux victimes. On a même ordonné à plusieurs autres de retirer la pierre tombale si le mot « martyr » figurait sur l’épitaphe. « On exerce ces pressions systématiquement pour persuader les familles d’arrêter les poursuites pour leurs enfants assassinés » dit Ladan Mostafaï. Les pressions se sont exercées dès les premiers jours des manifestations. La nouvelle de l’arrestation de membres de la famille des victimes les plus connues comme Sohrab Arabi et Neda Agha-Soltan s’est immédiatement propagé dans les médias alors que les familles des victimes moins connues ont subi encore plus de pression. Mehdi Ramezani, le père de Ramine Ramezani a passé des mois derrière les barreaux pour être finalement libéré en janvier 2010 sous une caution de $200.000. Il a récemment été de nouveau condamné à trois ans de prison supplémentaire.


Les membres de la famille d’une autre victime, Kianoush Assa, ont souvent été incarcérés. Ses deux frères, Kamran et Aziz, ainsi que plusieurs membres de la famille ont été arrêtés à maintes reprises à Kermanshah et libérés sous caution. Le père d’Ashkan Sohrabi a été convoqué au ministère du renseignement le premier jour anniversaire de la mort de son fils ; on l’a empêché d’organiser une cérémonie en hommage à son fils. Le père de Mohammad Mokhtari, Esmaïl Mokhtari a fait exactement la même expérience. Les parents de Behnoud Ramezani font partie des familles arrêtées le jour anniversaire de la mort de leur fils et libérés sous une caution de $150.000.


La démolition des pierres tombales


Une autre chose cause le mécontentement des forces de sécurité : appeler les victimes post-électorales des « Martyrs ». Plusieurs victimes comme Hamid Kabiri, Mohammad-Hossein Fayz, Saneh Jaleh, Kaveh Sabzalipour, Hossein Beig-Araghi, Davoud Sadri et Meysam Ebadi ont été qualifiés de « bassidjis » par les supporters du régime pour tenter d’augmenter leur notoriété. Les familles ont donc contacté la presse pour dénoncer publiquement cette allégation et les mensonges livrés au public par les médias d’état.


« Ils nous appellent sur notre ligne de téléphone privée pour nous ordonner de retirer ou de changer la pierre tombale de mon fils parce que l’épitaphe inclut le mot « Martyr ». Nous avons récemment découvert que sa pierre tombale avait été cassée en mille morceaux. Je ne sais pas qui peut faire ça. Mais s’‘ils’ espèrent nous réduire au silence, ils ont complètement tort. Ces actes ne font que nourrir la colère des familles » dit Sias Shahnaz Karim-Beigui, mère de Mostafa Karim-Beigui, homme de 26 ans abattu le jour de l’Ashoura 2009. La plainte de sa famille déposée auprès de la justice iranienne reste, à ce jour, sans réponse.


D’après le site Sorkh-Sabz, on a récemment ordonné à la famille de Behnoud Ramezani de changer sa pierre tombale. La tombe de Saïd Abbassi a aussi été récemment démolie. Sa famille a choisi de garder le silence après cet incident.


Des rapports contradictoires sur les victimes


Trois ans plus tard, il n’existe toujours pas de chiffres clairs sur le nombre exact de victimes post-électorales. A ce jour, les fonctionnaires de la république islamique refusent toute responsabilité pour les meurtres et continuent de produire des rapports contradictoires sur le sujet.


Une commission d’enquête spéciale a été formée dans les premiers jours qui ont suivi l’élection, dirigée par Mir-Hossein Moussavi et Mehdi Karroubi, les deux principaux dirigeants de l’opposition et candidats aux élections présidentielles. La commission a publié en septembre 2009 des informations sur 72 personnes tuées durant les manifestations post-électorales. Suite à la publication de la liste des noms, le 6 septembre 2009, les forces du renseignement ont pris d’assaut le siège de la commission, confisqué tous les dossiers et les documents et arrêté tout le personnel, dont Morteza Alviri et Alireza Hosseini-Beheshti. Seda-va-Sima, la radio-télévision d’état, a, à plusieurs reprises, dénoncé la validité de la liste de 72 noms et a, depuis lors, continué de diffuser des rapports contradictoires.


Quelques jours avant la publication de la liste des noms, le commandant des gardes révolutionnaires (Sepah), a annoncé que 20 personnes de la bassidj et des forces révolutionnaires et seulement 9 de l’opposition avait été tuées pendant les manifestations. Lors de sa huitième visite aux Etats-Unis à l’automne 2011, Mahmoud Ahmadinejad a déclaré lors d’une interview qu’il n’y avait eu qu’un petit groupe de manifestants qui avaient trouvé la mort dans un chaos de destruction de bâtiments et d’incendies de voitures. Il a ajouté : « Il n’y a eu que 33 morts pendant les émeutes post-électorales, les deux tiers étaient des officiers de sécurité ou de police et des citoyens ordinaires favorables au régime. » Le chef de la justice, Sadegh Laridjani, même au bout de deux ans, a proclamé qu’il n’y avait eu qu’un seul mort durant les manifestations, ce qui a suscité une vague de protestations des familles de victimes.


Toutes ces opinions divergentes alors que 55 familles de victimes se sont avancées pour dire la vérité au monde, alors que beaucoup d’autres se sont murées dans le silence.


55 Martyrs

Saïd Abbassi
Hossein Akhtarzand
Neda Agha-Soltan
Ramine Aghazadeh-Ghahremani
Naser Amirnejad
Sohrab Arabi
Kianoush Assa
Hamid Hossein Beig-Araghi
Yaghoub Beravayeh
Sorour Boroumand
Abbas Disnad
Amir Djavadifar
Bahman Djenaï
Meysam Ebadi
Alireza Eftekhari
Shahram Faradjzadeh
Mehdi Farhadirad
Ali Fathalian
Mohammad-Hossein Fayz
Mostafa Ghanian
Hossein Gholam-Kabiti
Ahmad Haïmabadi
Hessam Hanifeh
Massoud Hasheminajad
Ali Hassanpour
Saneh Jaleh
Mohammad Kamrani
Mostafa Karimbeigi
Massoud Khosravi-Doustmohammad
Mostafa Kiarostami
Seyed Elyas Mirdjafari
Behzad Mohajer
Mohammad Mokhtari
Seyed Ali Moussavi
Ahmad Nejati- Kargar
Mohammad-Djavad Parnadakh
Ramine Pourandardjani
Fatemeh Radjabpour

Shahrokh Rahmani

Mahmoud Raïssi-Nadjafi
Behnood Ramezani
Ramine Ramezani
Mohammad-Ali Rasekhinia
Mohsen Rouholamini
Kaveh Sabzalipour
Davoud Sadri
Fatemeh Semsarpour
Ashkan Sohrabi
Shabnam Sohrabi
Amir-Arshad Tadjmir
Mahram Tchegini
Amir Hossein Toufanpour
Lotfali Youssefian
Amir Youssefzadeh

 

Source :

Les Dossiers Perdus du Soulèvement de 2009 – Masih Alinejad – 7 juin 2012 – BBC

http://www.bbc.co.uk/persian/iran/2012/06/120607_l39_killed_post-election_alinejad.shtml

Tunisie – Les locaux de la chaîne privée El Hiwar Ettounsi attaqués

29 May

Depuis plusieurs mois déjà, El Hiwar Ettounsi était la cible de nombreuses menaces sur Facebook. Cette attaque aurait d’ailleurs été annoncée quelques jours auparavant sur le réseau social.

via IFEX –

République démocratique du Congo – Un journaliste de Radio Liberté relâché après 14 jours de détention

28 May

Le directeur de Radio Liberté a déclaré avoir reçu l’autorisation d’installer l’émetteur en vue de reprendre éventuellement les activités.

via IFEX –

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